Pourquoi simule-t-on ? La vérité sur le plaisir dans le couple

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J’ai choisi ce sujet parce que c’est une question qui semble inquiéter beaucoup de monde, et en particulier (mais pas que) les hommes cisgenres hétérosexuels. Pourquoi cette question inquiète-t-elle les hommes en particulier ? Parce que, dans la croyance populaire, ce sont les femmes qui simulent.

La simulation, c’est un phénomène courant ?

Certainement plus courant qu’on ne le croit ! Parce que dans notre société, lorsqu’on prend du plaisir pendant des relations sexuelles, il est de bon ton de le MONTRER. Et comment le montre-t-on ? Très souvent, c’est par des sons, des mots, des soupirs ou des attitudes.

Le plaisir peut être tout à fait authentique, mais il peut aussi être feint, comme l’illustre la scène culte du film « Quand Harry rencontre Sally » ?, où Sally, alias Meg Ryan, simule un orgasme, à table dans un restaurant, pour montrer à Harry, qui est convaincu qu’il est facile de faire la différence entre orgasme réel et orgasme simulé, qu’il se trompe.

Pourquoi est-ce un sujet si touchy ?

La question de la simulation est éminemment sensible parce qu’elle touche à tout un tas de dimensions, et surtout celle de la performance (et donc de la confiance en soi) qu’on retrouve encore une fois derrière la sexualité. Cette performance qui fait qu’on espère secrètement être meilleur-e que les ex ; cette performance qui met en évidence qu’on ne sait pas vraiment comment faire pour donner du plaisir à une autre personne (petit rappel au passage : on est toustes débutant-es en arrivant à l’âge des rapports sexuels, et on apprend toustes sur le tas, donc que ça nous plaise ou non, on est toustes nul-les au départ) ; bref, on parle bien de cette performance qui met notre ego à l’épreuve.

Je le disais en intro, la caricature présente toujours des femmes qui simulent, mais en réalité, tout le monde peut le faire, qu’il s’agisse du plaisir hors orgasme ou de l’orgasme lui-même. Les personnes qui ont un pénis peuvent simuler assez facilement l’orgasme avec un préservatif, par exemple, puisque si c’est la personne qui le porte qui le retire, l’autre personne n’y verra que du feu, d’autant plus qu’il n’y a pas toujours éjaculation en même temps que l’orgasme : ce sont deux phénomènes distincts !

Mais quel est l’intérêt de simuler ?

Il existe de nombreuses raisons qui sont propres à chacun.e, mais ce qui est intéressant, c’est de voir ce que ça dit des idées reçues véhiculée par notre culture (croyances qui, par ailleurs, sont complètement fausses !)
Voici donc quelques raisons avancées que je propose d’interroger.

Je simule parce que…

– « Si je ne prends pas de plaisir, c’est que j’ai un problème » (traduction : je vais passer pour une personne frigide). Mais quelle pression ! D’abord, qui a décidé qu’il y avait une obligation à l’orgasme ? L’échange sexuel doit-il nécessairement en contenir un ? Le plaisir n’est-il pas issu de la connexion dans son entièreté ? Si l’on s’en tient aux scripts sexuels classiques, ne pas exprimer son plaisir, ou ne pas avoir d’orgasme, cela pourrait donc être vécu comme une honte. Et pour éviter la honte… certain.e.s simulent.

Autre croyance : Je simule parce que…

– « Si je ne prends pas de plaisir avec ma.on partenaire, iel va croire qu’iel est nul. » Donc en simulant, en fait, on tente de rassurer notre partenaire sur ses capacités, c’est-à-dire qu’on prend soin de son ego ! Alors qu’en réalité, l’autre n’est pas seul-e responsable de notre plaisir, loin de là ! Bien sûr, techniquement, il y a des choses qui fonctionnent mieux et d’autres qui ne fonctionnent pas, et ça, c’est propre à chaque personne. Il est donc important de prendre le temps de découvrir l’autre, et de bien se renseigner pour mieux faire (sachant que la personne directement concernée est clairement une meilleure source d’info que le porno). Mais la technique ne fait pas tout : la connexion, le respect, le consentement sont essentiels, et c’est aussi à nous de trouver les clés pour lâcher prise et ressentir du plaisir. Si on n’y parvient pas, il peut donc être tentant de simuler pour faire croire à l’autre qu’iel est un bon coup.

Encore une idée reçue : Je simule parce que…

– « Si je ne prends pas de plaisir avec ma.on partenaire, iel va croire que je ne l’aime pas. » Se pourrait-il qu’on mélange un peu tout ici ? En quoi le fait de prendre et exprimer du plaisir sexuel est-il un signe d’amour ? Quid des personnes qui ont des sex friends, qui séparent le sexe de l’émotion ? On pourrait discuter sur le fait qu’aimer l’autre augmente les chances de prendre du plaisir (et encore, ça dépend des gens), mais le lien de cause à effet n’est pas une évidence ! Dans ce cas, simuler est encore une façon de tenter de rassurer l’autre.

Une autre raison de simuler : Je simule parce que…

– « Si ma.on partenaire croit que j’ai joui, ça se terminera plus vite ». Eh oui. Lorsque la pénétration dure trop longtemps, est déplaisante, fait mal ou qu’on a juste envie de passer à autre chose, cela peut sembler une technique efficace pour accélérer la conclusion. Pour rappel, quand on dit que c’est bien que ça dure longtemps, on parle assez rarement de longtemps « dans la personne ». On parle plutôt des caresses, des baisers et de tout ce qu’il y a autour. Plutôt que de simuler pour stopper une pénétration laborieuse, ne serait-il pas plus avisé d’en parler ?

Allez, une dernière : Je simule parce que…

– « Si je ne prends pas de plaisir sexuel avec ma.on partenaire, iel va me tromper ou me quitter. » N’est-ce pas un peu extrême ? Quitte-t-on vraiment une personne qu’on aime parce qu’elle ne semble pas prendre de plaisir pendant les rapports sexuels ? Dans ce cas, ne devrait-on pas se demander pourquoi, et en discuter ? Le sexe, ça se joue à deux (ou parfois plus, mais ça c’est le sujet d’une autre chronique). Donc le plaisir se joue à deux aussi !

J’imagine qu’il y en a plein d’autres. Une petite conclusion ?

Oui, il y en a d’autres, et je ne pourrais pas toutes les citer ! Pour conclure, finalement, l’important n’est pas de savoir si notre partenaire simule ou pas : c’est de lui laisser l’espace pour qu’iel se sente à l’aise de nous dire si iel ne prend pas de plaisir, en parler et apprendre comment lui en donner un max tout en en prenant aussi ! Car chacun-e est différente et, même avec de l’expérience, on redevient toujours un peu débutant-e face à une nouvelle personne ! Aux personnes qui ont du mal à accéder au plaisir, je demanderais ceci : simuler le plaisir vous fait-il du bien ? Je ne dis pas que c’est toujours un mauvais choix, cela peut parfois être très stimulant et mener à un plaisir réel 😉

Mais si vous simulez pour plaire à l’autre ou pour donner une meilleure image de vous, posez-vous les bonnes questions. Réfléchissez à ce qui bloque, parlez de votre ressenti avec l’autre, consultez un.e sexologue si nécessaire. Et si vous avez peur que votre partenaire simule, essayez de savoir pourquoi avant d’en tirer des conclusions. Acceptez que cela ne dit pas toujours quelque chose de vous, mais plus vraisemblablement de votre dynamique de couple, et de nouveau (et je terminerai là-dessus) : COMMUNIQUEZ !

Pour finir, un article sur le sujet destiné aux jeunes. N’hésitez pas à le leur faire lire si vous pensez que cela peut les guider :
C’est quoi « simuler » ?

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