Et si la transidentité vous concernait soudain de près ? Pourquoi ce sujet fait-il couler tant d’encre ?
Aujourd’hui, j’aborde un sujet très sensible : celui de la transidentité.
Pourquoi ai-je choisi de parler de cela, alors que je suis une femme cisgenre ? (= une femme assignée fille à la naissance parce que j’avais des caractéristiques biologiques « femelle »). Parce que j’ai constaté que beaucoup de jugement vient de la méconnaissance, comme souvent, de ce qu’est la transidentité, et que lorsque les choses sont présentées par une personne transgenre (il y a de très bonnes vidéos sur internet, d’ailleurs), et même lorsque c’est très bien expliqué, certaines personnes cisgenre ne comprennent pas ou sont hermétiques aux explications. J’ai donc eu envie de donner ma compréhension de la transidentité avec mes mots et mes références de personne indirectement concernée.
Ces dernières années, j’ai rencontré, écouté et lu beaucoup de personnes transgenres qui m’ont ouvert les yeux sur tout un tas de choses très importantes que j’ignorais totalement (et dont je me suis aperçue que l’immense majorité des gens n’a aucune idée), et j’ai donc envie de partager avec vous ce que j’ai appris. Je tiens à préciser que je fais partie du réseau trans* et inter* belge qui accompagne les personnes qui se posent des questions sur leur identité de genre, et que j’ai écrit cette chronique avec l’aide de personnes trans.
Qu’est-ce que c’est, en fait, la transidentité ?
La transidentité, c’est le fait de se reconnaître dans un genre différent de celui qui nous a été assigné à la naissance. Parce que c’est la majorité, il a été décidé il y a très longtemps qu’on est un homme quand on a un pénis et une femme quand on a une vulve. Sauf que… cette vision est très simpliste et qu’elle ne tient pas compte des personnes qui ne se reconnaissent pas dans ces règles. Le sexe dit biologique et l’identité de genre sont deux choses différentes. Tout comme la couleur de peau et la culture, par exemple.
Une *femme trans* est une personne assignée garçon à la naissance parce qu’elle avait des caractéristiques dites « mâle » mais qui EST une femme. Tout comme une femme cisgenre se sent femme, pense en femme, réagit en femme, etc. Un *homme trans* EST donc un homme assigné fille à la naissance parce qu’il avait des caractéristiques dites « femelle » et qui se sent homme, pense en homme, réagit en homme, etc. On parle d’identité de genre (différent de l’expression de genre, qui concerne l’apparence). Et ça n’a rien à voir avec l’orientation sexuelle, l’attirance, en termes de partenaires.
Et puis y a les personnes non binaires, qui se sentent ni homme ni femme, ou les deux en même temps ou en alternance, ou d’un autre genre encore, ou qui ont des personnalités multiples… en fait, il y a de tout dans le monde et c’est ça qui est formidable 🙂
Ces questions vous intéressent ? Je vous invite à réfléchir sur « qu’est-ce qu’une femme/un homme » et « qu’est-ce que la féminité/la masculinité » et à regarder au-delà des constructions sociales que nous connaissons. Ça aide à comprendre plein de choses 😉
Certains et certaines présentent la transidentité comme une pathologie, qu’en penses-tu ?
Selon moi, les personnes qui tiennent ces propos sont des personnes qui n’ont pas compris la question de la transidentité et qui se laissent guider par le jugement et la peur. Ce sont des personnes qui considèrent que la sortie de la « norme établie » est problématique, qu’il faut soigner les gens qui sortent de cette norme, ne pas tenir compte de leurs ressentis parce qu’ils sont différents de ce qui est connu.
La transidentité N’EST PAS une maladie mentale (on ne parle d’ailleurs plus de « transsexualité » car c’est pathologisant). Ce n’est pas non plus « être né dans le mauvais corps », ça c’est un jugement de la société, une manière de regarder la question très cisgenre, car au fond, qui a décidé que parce qu’on a tels organes génitaux ou tel système hormonal (entre autres), on doit se comporter comme ceci ou comme cela ? Pourquoi ne pas laisser à chacun.e la liberté d’être qui iel est sans se poser de question ? En quoi est-ce dérangeant que nous soyons tou.te.s différent.e.s ?
N’oubliez jamais qu’une personne transgenre, tout comme une personne cisgenre, n’a pas choisi d’être qui elle est. On ne choisit pas de se sentir homme ou femme ou autre. C’est un ressenti et ça ne fait de mal à personne, donc pourquoi ne pas simplement l’accepter et mettre son énergie ailleurs ? On ne choisit pas son identité de genre, pas plus qu’on ne choisit d’être homo ou hétéro, blanc.he ou noir,e, petit.e ou grand.e, etc. Refuser l’identité de genre de l’autre, cela n’a AUCUN SENS, c’est juste de la peur infondée. Car ce qui est difficile, ce n’est pas tant d’être transgenre, mais bien d’être jugé, stigmatisé et rejeté par la société lorsqu’on ne correspond pas à la fameuse norme établie. Et ça, c’est profondément injuste.
De quoi parle-t-on quand on parle de transition ?
Ce sont les changements médicaux (hormones, opérations, etc.) ou non (maquillage, bandage,…), auxquels une personne trans peut décider de recourir pour se sentir mieux dans sa peau et réduire l’impact de la « dysphorie de genre » (que j’explique ci-après). La personne décide de transitionner, avec ou sans intervention médicale, parce qu’elle ne se sent pas en adéquation avec le genre qui lui a été assigné. A noter aussi que la transition d’une personne trans ne regarde qu’elle. Poser des questions à ce sujet sans qu’elle vous y ait invité.e est très mal perçu, ainsi que lui demander des infos sur son passé pré-transition. Ca relève de l’intime.
La dysphorie de genre, c’est l’inconfort, l’anxiété voire la dépression résultant du fait de ne pas vivre dans son vrai genre ou de l’impression de ne pas être reconnu.e dans son vrai genre, celui auquel on se sent (sait) appartenir. Imaginez qu’on vous demande de vous habiller et comporter en homme alors que vous êtes une femme, ou l’inverse, et que si vous ne vous conformez pas à cela, vous serez jugé.e, moqué.e, rejeté.e au quotidien ? Vous trouvez ça normal ? C’est ce qui se passe pour les personnes trans, et c’est d’une rare violence. Pensez à faire attention à la manière dont vous genrez les personnes dont vous pensez ou savez qu’elles sont transgenres (genrer = utiliser le bon pronom personnel et système d’accords grammaticaux correspondant). Ce n’est peut-être pas important pour vous, mais ça l’est très souvent pour elleux. Dans le doute, posez la question, c’est bien mieux pris qu’un mégenrage accidentel.
Quel pourcentage de la population est transgenre ?
Estimer correctement la proportion de personnes transgenres est très difficile voire impossible, parce que les personnes transgenre ne transitionnent pas toutes de la même façon, parce que beaucoup n’osent pas transitionner du tout, et parce que selon le positionnement des sources face à la transidentité, les pourcentages varient assez fort. D’après mes recherches, on trouve des chiffres allant de 0.5 à 5%. Il est donc probable qu’on connaisse tous et toutes au moins une personne transgenre. Si c’est le cas, et si cela vous questionne, renseignez-vous afin de ne pas risquer de commettre d’impair face à cette personne. Et souvenez-vous qu’aucune personne trans n’est un danger pour quiconque, en tous cas pas plus que n’importe quelle personne cisgenre.
Que faire face à un·e jeune qui se dit transgenre ?
Il arrive de plus en plus souvent que des jeunes se posent la question de la transidentité. Ce n’est pas une mode, c’est une prise de conscience que ça existe et qu’il est possible, quand on ne se sent pas bien dans l’identité de genre qu’on attend de nous, d’en changer.
Un.e jeune se dit transgenre ? Pourquoi ne pas l’accepter et l’accompagner dans son questionnement plutôt que de vouloir à tout prix lui interdire le changement, au risque de lui faire vivre un enfer ? Si le ou la jeune souhaite transitionner, iel peut commencer par une transition non médicalisée (au travers de l’expression de genre, par exemple, d’un changement de pronom et de prénom) le temps d’avoir l’âge requis pour demander une transition physique si iel le souhaite. Certain.es jeunes peuvent aussi dans certains cas se voir prescrire des produits qui retardent leur croissance hormonale pour leur éviter des modifications corporelles qu’on ne pourrait plus inverser par la suite (modification de la voix chez les personnes de sexe biologique mâle, par exemple).
A qui s’adresser pour les questions ?
Si vous pensez que vous êtes peut-être transgenre ou si vous connaissez des personnes qui vous ont parlé de leurs questionnements, sachez qu’il existe des associations qui accompagnent les personnes dans cette situation (adultes comme enfants, et leurs proches), telles que Genres Pluriels en Belgique, par exemple. Vous pourrez également trouver beaucoup d’informations intéressantes sur le site https://lavieenqueer.wordpress.com (« Thématiques LGBTQIA+ et féministes depuis la perspective d’une personne trans non-binaire bi. »).
J’espère que cette chronique vous permettra de mieux comprendre la notion de transidentité.
P
Pour aller plus loin :
Brochure Transidentités de Genres Pluriels
Merci à Genres Pluriels, lavieenqueer et à mes réviseureuses pour toutes les infos récoltées et leur précieux regard sur cette publication.

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